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CAROLINE DELMOTTE POUR " LE
MONDE "
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8 octobre 2011
Michel Desmurget : " Il y a un très...
CAROLINE DELMOTTE POUR " LE MONDE "
La petite lucarne peut jouer un rôle délétère sur la cognition et le comportement des enfants,
mais aussi sur l'espérance de vie des adultes, rappellent des études récentes. Un problème
mondial de santé publique
ela semble si invraisemblable qu'on se demande si l'on a bien lu :
chaque heure passée devant la télévision après l'âge de 25 ans
amputerait l'espérance de vie moyenne de 21,8 minutes. Le
résultat vient pourtant d'être publié dans la revue
British Journal of
Sports Medicine (BJSM),
sous la signature de chercheurs de l'université
du Queensland à Brisbane (Australie).
En se basant sur les données épidémiologiques acquises en 1999-2000
auprès d'une cohorte de 11 247 habitants de l'île-continent, Lennert
Veerman et ses coauteurs sont parvenus à estimer le poids de la
télévision sur l'espérance de vie de leurs concitoyens : en 2008, les 9,8
milliards d'heures de télévision absorbées par les Australiens auraient
ainsi réduit de 21,6 mois l'espérance de vie moyenne des hommes. Et de
18 mois celle des femmes... Regarder la télévision 3 heures par jour
pendant vingt ans ampute en moyenne l'espérance de vie d'une année.
Si, pour le profane, elles semblent saisissantes - voire extravagantes -,
les statistiques de M. Veerman et de ses collègues n'en sont pas moins,
pour les spécialistes de la question, d'une effroyable banalité. Dans sa
dernière édition, le prestigieux
Journal of the American Medical
Association (JAMA)
publie également une méta-analyse de plusieurs
cohortes suivies entre 1970 et 2011 aux Etats-Unis parvenant à des
conclusions similaires.
Les personnes soumises à deux heures de télévision quotidienne ont un
risque de développer un diabète de type 2 accru de 20 % et voient leur
probabilité de souffrir d'une affection cardio-vasculaire augmentée de 15
%. Leur mortalité, toutes causes confondues, est accrue de 13 %.
" C'est
une étude sérieuse et très bien faite, un très gros travail qui s'appuie sur
Journal Electronique http://www.lemonde.fr/journalelectronique/donnees/protege/20111008/...
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j Dessins d'enfants de 5 à 6 ans
exposés à plus de trois heures de
télévision par jour.
EXTRAIT DE WINTERSTEIN ET AL., "
KINDER UND JUGENDARZT ", 2006.
CITÉ DANS " TV LOBOTOMIE ", DE
MICHEL DESMURGET, MAX MILO,
COLL. " L'INCONNU ", 2011.
les meilleures données disponibles sur le sujet,
commente
l'épidémiologiste Claudine Berr, de l'Institut national de la santé et de la
recherche médicale.
Mais pour avoir plus de certitudes, il faudrait
mener une expertise collective, c'est-à-dire regarder, évaluer et faire la
synthèse de tout ce qui a été publié sur la question. "
Soit plusieurs
centaines d'études.
Loin des jugements à l'emporte-pièce, des arguments de " bon sens " ou des conclusions générales tirées
de l'expérience personnelle, la recherche biomédicale permet de se faire une idée des effets sur la santé
de la télévision. Chaque mois, des dizaines d'études sont menées par des chercheurs du monde
académique. Et ne sont publiées dans des revues internationales qu'après avoir subi la revue par les pairs
(en anglais
peer review
) - soit une manière de " contrôle qualité ". Rarement ou jamais médiatisés -
surtout en France, où l'activité scientifique sur le sujet est quasi nulle -, ces résultats de recherche sont
largement inconnus du grand public.
Or le tableau est plutôt sombre. Les effets sur l'obésité, le diabète de type 2 et les affections cardiovasculaires
sont certains. Une légère augmentation de l'incidence de certains cancers est également notée
par certaines études.
" Tout cela n'est pas dû à la télévision en tant que telle,
rappelle toutefois Mme Berr.
Cela tient surtout à ce que regarder la télévision est une activité sédentaire, au cours de laquelle on
développe souvent des comportements alimentaires qui ne sont pas excellents. Et surtout, pendant qu'on
regarde la télévision, on ne fait pas autre chose. "
Autrement dit, c'est surtout l'immobilité en position
assise qui serait délétère. Seulement ? Ce n'est pas sûr.
Une certaine passivité d'esprit associée au visionnage de la petite lucarne a peut-être aussi un impact
négatif sur la santé. En juillet 2005, une étude américaine publiée dans la revue
Brain and Cognition
a
ainsi étudié les habitudes de vie de 135 personnes développant une maladie d'Alzheimer et les a
comparées à celles de 331 personnes saines. Après avoir ajusté les risques relatifs des uns et des autres
en fonction de leur âge, de leurs autres activités de loisir, etc., Heather Lindstrom (Case Western Reserve
University à Cleveland, Etats-Unis) et ses coauteurs sont parvenus à cette incroyable conclusion : chaque
heure quotidienne de télévision entre 40 ans et 59 ans augmente de 30 % la probabilité de développer la
maladie d'Alzheimer.
Difficile toutefois d'établir une franche causalité : selon leurs auteurs, ces résultats
" suggèrent que
regarder la télévision pourrait être un marqueur d'une participation réduite à des activités
intellectuellement stimulantes "
. Très prudents, les auteurs limitent ainsi leur conclusion à l'idée que les
personnes les plus consommatrices d'images télévisuelles seraient, aussi, les moins enclines à l'exercice
intellectuel. Ainsi, ils n'estiment pas apporter la preuve que trop de télévision puisse, directement,
favoriser le déclenchement de la maladie d'Alzheimer.
Les contenus ont pourtant un effet certain. L'exposition aux messages publicitaires change les habitudes
alimentaires, par exemple. Et, chez les enfants, une abondante littérature documente, depuis de
nombreuses années, des effets de la télévision non seulement sur l'obésité mais aussi sur les capacités
cognitives et le temps d'attention.
Les derniers travaux en date sur le sujet ont été publiés dans la dernière édition de la revue
Pediatrics
.
Angeline Lillard et Jennifer Peterson (université de Virginie à Charlottesville, Etats-Unis) ont divisé en
trois groupes 60 enfants âgés de 4 ans : le premier a visionné pendant neuf minutes un dessin animé
" au
rythme endiablé "(" fast-paced cartoon "),
le deuxième a regardé pendant le même laps de temps un
programme éducatif et le troisième a eu pour tâche de dessiner.
Les enfants ont ensuite été soumis à quatre tests classiques mesurant leurs capacités de concentration,
leur réussite à un jeu d'adresse et de logique, etc. Le résultat est sans équivoque.
" Les enfants ayant
regardé le dessin animé ont réussi ces tâches significativement moins bien que les enfants des deux
autres groupes "
, concluent les auteurs, qui constatent que le groupe ayant globalement obtenu les
meilleurs résultats est celui qui a passé les neuf minutes de préparation à dessiner.
" Seulement neuf
minutes de dessin animé à un rythme élevé ont un effet négatif immédiat sur les fonctions exécutives du
jeune enfant ",
ajoutent-elles. Sans pour autant conclure que cet effet perdure dans le temps : leur
expérience ne permet pas de le dire.
Journal Electronique http://www.lemonde.fr/journalelectronique/donnees/protege/20111008/...
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" Ce résultat ne me surprend pas du tout,
commente Frederick Zimmerman (université de Californie à
Los Angeles, Etats-Unis), dont les travaux sur l'influence de la télévision sur le comportement des
enfants sont parmi les plus cités.
J'avais précédemment identifié un effet similaire qui opère à long
terme : en moyenne, chaque heure quotidienne que les enfants de moins de 3 ans passent à regarder la
télévision commerciale correspond à un doublement du risque de voir survenir des problèmes
d'attention cinq ans plus tard. "" En revanche, la télévision éducative n'avait pas du tout cet effet ",
ajoute le chercheur.
Pour Dimitri Christakis (université de Washington à Seattle), le consensus qui prévaut aujourd'hui le
plus largement dans la communauté scientifique est que
" regarder la télévision avant l'âge de 2 ans est
associé à des retards de langage, à des retards cognitifs et, plus tard dans la vie, à des résultats scolaires
plus faibles et des troubles de l'attention, avec un temps de concentration réduit "
. En outre, prévient M.
Christakis,
" les expériences qui surviennent très tôt dans la vie contribuent à construire l'architecture
cérébrale, qui, elle, est faite pour durer "
.
L'effet de la télévision sur les enfants ne se limite pourtant pas au fonctionnement cérébral. La petite
lucarne influe aussi sur les comportements alimentaires, tend à modifier le rapport de l'enfant à la
perception des risques liés au tabac, à la consommation de drogues. Elle change aussi son rapport à la
violence. Pour l'American Academy of Pediatrics (AAP), cet aspect est désormais l'un des plus
consensuels :
" Les résultats de plus de 2 000 études et revues de littérature scientifique ont montré que
l'exposition à des contenus violents augmente le risque de comportement agressif chez certains enfants
et adolescents, en les désensibilisant à la violence ",
écrit la société savante dans une déclaration
officielle.
Ces faits demeurent largement méconnus du grand public. Des messages de santé publique -
comparables à ceux qui se sont imposés pour l'alimentation, le tabac ou l'alcool - devraient-ils être
diffusés à des fins d'information ? Lira-t-on un jour des slogans appelant à " réduire son temps de
télévision ", ou à " mieux choisir ses programmes " ?
" Il n'y a pas vraiment de critères objectifs qui permettent de définir ce qu'est un problème de santé
publique,
dit William Dab, titulaire de la chaire hygiène et sécurité du Conservatoire national des arts et
métiers (CNAM).
C'est souvent le résultat d'un rapport de forces et de pas mal de lobbying. "
La question
est délicate, d'autant plus que la télévision est, elle-même, un vecteur de messages de santé publique...
Pour les spécialistes américains que nous avons interrogés
, la réponse est évidente.
" L'utilisation
actuelle de la télévision en fait un problème de santé publique au niveau mondial "
, résume M.
Christakis. La télévision se mêle toutefois de plus en plus aux nouveaux écrans (ordinateurs, jeux vidéo,
smartphones) utilisés bien souvent en même temps. Selon l'AAP, un adolescent américain moyen passe à
peu près huit heures par jour devant un écran, quel qu'il soit.
Les risques en sont-ils accrus ? Différents ? Difficile de répondre, dit en substance Victor Strasburger
(université du Nouveau-Mexique, Etats-Unis), membre du conseil sur les médias de l'AAP :
" Presque
toute la recherche comportementale a été menée sur les anciens médias. "
Lire l'intégralité de l'entretien avec Frederick Zimmerman.
Stéphane Foucart
Sur Lemonde.fr
© Le Monde
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De l'eau de type océanique dans... Michel Desmurget : " Il y a un très...
Journal Electronique http://www.lemonde.fr/journalelectronique/donnees/protege/20111008/...
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épidémiologie
associé à des retards de langage, à des retards cognitifs et, plus tard dans la vie, à des résultats scolaires
plus faibles et des troubles de l'attention, avec un temps de concentration réduit!